mardi 16 novembre 2010

De la musique

Je suis née dedans. Pas un seul souvenir sans musique. Mariages, baptêmes, fêtes de famille, quotidien, jeunesse, adolescence, premier amour ; chaque événement a eu son morceau de musique spécifique.

Les premières photos de moi sont prises lors du mariage de ma tante. On m'y voit dans les bras de mon grand-père qui est assis à côté du piano familial sur lequel joue mon oncle. Je dors paisiblement malgré le vacarme qui m'entoure. Quelques années plus tard, le même piano devient mon premier instrument, vite  accompagné par une clarinette, comme joue mon grand-père que j'adore. J'aurais préféré apprendre la flûte traversière, mais mon oncle, chef de musique, décide qu'il a besoin de clarinettistes et quand on a un oncle qui décide, bah, on apprend à jouer de la clarinette :-)

Je ne regrette pas, c'est beau comme instrument ! Les premiers cours deviennent un vrai supplice ... pour mon enseignant. J'avance tellement vite qu'il ne sait plus quoi m'apprendre (il faut dire qu'il n'est pas vraiment grand musicien ...). Donc, la deuxième année, direction le conservatoire. Les plus belles années de ma vie commencent. Je n'ai que 9 ans, dans les classes de solfège je me retrouve qu'avec des jeunes d'au moins trois ans mes aînés. Au cours de musique de chambre, même configuration, je suis toujours la plus jeune et je me sens terriblement inférieure aux autres. Ils rigolent de moi parce que je n'ai pas encore de petit copain (logique à 9 ans !), ils se fichent de mes tartines que j'emporte pour manger dans la salle d'attente (à 13 ans, on trouve absolument tout ridicule ... je le vis avec mes garçons :-) ). 
Je passe tout mon temps libre au conservatoire, la ville devient mon territoire de jeu. Je n'ai pas d'amis en dehors du cadre musical... Et toujours la plus jeune. Ce qui me permet de braver quelques interdits :-) Et comme je suis enfant unique, dans toute la famille aucun cousin ni cousine, ma famille deviennent tous ceux avec qui je joue. 
Je n'aime pas répéter, je déteste jouer la même chose deux fois de suite, je vais au cours et y découvre les études et gammes, puisqu'à la maison je n'ouvre même pas la boîte de l'instrument. Je deviens une sacrée bête en lecture à vue :-) 
Mon premier amour m'amène voir Amadeus au cinéma. On est assis l'un à côté de l'autre, on vibre, on vit la même chose, il me prend enfin la main vers la fin du film, encore aujourd'hui, quand j'entends le concerto pour piano de Mozart, j'en ai la chair de poule. 
Le père de mes enfants, je le rencontre lors d'un stage d'orchestre en Allemagne. Il est corniste, joue terriblement bien et devient l'amour de ma vie. Mon fils suit ses traces et les miennes, il est fainéant au possible pour ce qui est de répéter à la maison. 

Tout cela m'a traversé l'esprit ce matin en conduisant ma fille à l'école (ma fille est d'ailleurs la seule à ne pas avoir choisi la musique mais la danse). La radio passait un extrait de la Grande Pâques Russe, une des dernières oeuvres que j'ai joué en orchestre, avant de devoir rendre ma clarinette-basse au conservatoire, de me marier et avoir des enfants.

Bizarrement je n'écoute plus beaucoup de musique à la maison, je préfère le calme pour travailler. Trop de musique tue la musique ? 

La musique m'a tellement donné, elle m'a aussi pris énormément, une enfance, une jeunesse que je n'ai pas vécues de la même façon que mes enfants. Mais si c'était à refaire ? Je ne sais pas... heureusement que l'on ne peut revenir en arrière :-)





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