Depuis trop longtemps déjà dans les caisses, qu'elles soient virtuelles ou bien réelles et lourdes à porter...
Depuis trop longtemps seule à gérer les accès de mauvaise humeur de mon deuxième, celui qui déteste absolument tout dans l'appart chez-moi.
Depuis trop longtemps aussi à remettre à plus tard des discussions nécessaires pour clarifier une situation qui devient de plus en plus virtuelle et qui ne me fait plus avancer dans la bonne direction.
Depuis trop longtemps cette "guerre" inutile et franchement fatigante à souhait, trop souvent des délais demandés pour encore changer, encore balayer mes certitudes.
Je n'ai plus envie de venir dans la maison, le chauffage coupé, hors du temps qui s'écoule... une maison en désordre total, un étage où l'ouragan de la rage est passé. Mon deuxième refuse de faire ses caisses, il ne veut pas participer à l'installation chez-moi.
Trop de doutes encore, trop de mauvais souvenirs que j'avais enfoui dans une mémoire non-archivée.
A chaque armoire ouverte ses surprises du passé.
Parfois je tombe sur une pochette remplie de dessins des garçons, parfois je sors une feuille couverte de grandes lettres avec des mots tendres : Maman, je t'aime, tu es la plus belle maman du monde (signé N. juin 2001) Maman, je t'aime, je te fais des 10000000 de bisous partout (signé B. juillet 2001) Des bricolages pour la fête des mères, tous conservés et toujours aimés.
Parfois je relis des lettres "d'amour", je me revois des années en arrière, l'année de mes 18 ans, ma dernière année en secondaire... l'année où tout aurait pu changer si ... mais on ne l'a pas fait, on n'a pas osé, on était trop réservés et déjà enfermés dans des "raisons" et des "promesses"... et une grosse vague de tristesse envahit mon coeur, mon esprit.
Parfois je ne veux plus avancer, je n'étais plus dans cet état depuis très longtemps, cet état qui aimerait juste que la vie s'arrête pour moi et qu'elle avance pour les autres, cette vie qui ferait que, quand je ressortirais de ma cachette, tout se serait réglé tout seul, tous les problèmes, toutes les peines auraient retrouvés leur cachette à eux.
J'ai envie de pleurer devant l'ampleur de la tâche, j'ai envie de tout arrêter, de jeter ce qui reste, de me satisfaire de ce que j'ai accompli.
J'ai envie de crier que c'est trop facile de me laisser le soin de tout trier et vider, j'ai envie de sonner à la porte de cet homme qui s'apitoie sur son "sort" qu'il a choisi et de lui dire qu'il a sa part à faire, qu'il ne peut raisonnablement pas me laisser seule, encore une fois !
Mais, il n'y a pas à crier, il n'y a pas à secouer, il n'y a rien à changer...
J'aimerai construire, j'aimerai fonder, j'aimerai me retrouver dans tout ce amas, j'aimerai juste me poser de nouveau...
Les caisses m'attendent, je sais qu'on me propose de l'aide, je sais que je vais demander de l'aide, mais pour l'instant je dois trier et décider, garder et jeter... et là, personne ne peut le faire à ma place.
Je suis malade, au propre comme au figuré, mon corps brûle et mes pensées s'emmêlent ... je carbure à la vitamine C, je me gave de médicaments qui soulagent mais ne guérissent pas.
Fermer les yeux et ne plus penser que ce n'est que la partie visible de l'iceberg qui me tient prisonnière.
Et espérer que ma carapace ne se referme pas et que je redevienne impassible et indifférente pour ne pas être blessée d'avantage.