Affichage des articles dont le libellé est cancer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cancer. Afficher tous les articles

samedi 5 octobre 2013

Et la bataille continue


Me secouer. Me recentrer et me concentrer ! 

Attaquer par les enfants qui essayent (comme chaque semaine) de ne rien faire, mais aujourd'hui, je hausse le ton et je ne laisse pas passer les humeurs d'ado (je ne vais pas prendre une douche maintenant,je suis au téléphone (depuis 45 min), non, je ne vais pas sortir le chien, B peut le faire, non N peut le faire, non C avait dit qu'elle je ferait). Je ne laisserai pas N passer sa journée collé devant l'ordi à regarder film après film, clos dans sa bulle qui consiste en "ne surtout pas réagir au son de la voix d'autrui, ne surtout pas enlever le casque, ne surtout pas me retourner". 

Attaquer par les enfants parce que c'est de là qu'une partie des problèmes vient aussi, qu'ils laissent absolument TOUT pour moi (adorable attention ... je suis ironique là). Je ne vais pas monter le meuble qui reste juste parce que les trois autres sont fainéants, d'ailleurs le Grand est en route pour le faire (troisième "victoire" de l'après-midi) 

Comme je déteste crier puis hurler après tout le monde, je déteste même parler fort au chien parce que j'estime que le respect ne se gagne pas avec le nombre de décibels le plus élevé mais bien par : compréhension pour l'autre. Malheureusement je dois m'engager dans cette direction pour me faire entendre et en écho j'ai des pleurs et des cris (mais aussi des résultats) ... 

Ah dur de ne pas être bien dans son corps, d'avoir tellement mal que respirer devient de nouveau un supplice. Dur de me dire que dès que le temps change mon corps change lui aussi. 

Mon dos me fait si mal qu'hier, au moment de me mettre au lit pour enfin finir la journée, les larmes ont coulé. 

J'évite de repenser à mercredi, à cette personne si détestable, haïssable, méprisable qui m'a donné le coup de grâce avec 6 mots... 

D'ailleurs, quelque part en moi je construis mon armure qui me protègera je l'espère !




mercredi 10 juillet 2013

J'écoute la radio de mon pays natal


dans ma langue maternelle et je suis entre fou rire et désespérance ... 

En gros la Premier Ministre se défend et en gros tout ce qu'il dit est : on ne m'a rien dit, je n'ai rien reçu, je n'ai rien vu ... et moi, en gros, cela me fait penser aux trois petits singes bien connus ... 

Si c'est ainsi qu'on dirige nos pays ... faut-il encore se poser des questions pourquoi tout va si mal ?? 

Enfin, je me réjouis de pouvoir participer aux spéculations si oui ou non le gouvernement et le Premier vont démissionner. On s'occupe comme on peut ;-)

Sinon, ma journée était bien joyeuse, j'ai les résultats des analyses de la semaine dernière, tout est bien et beau, sauf le fer et la ferritine (on ne change pas un duo gagnant), alors je repasse par la case cachet supplémentaire au matin, beurgh, je n'aime pas ces comprimés, ils sont énormes et ont mauvais goût. Si je peux râler ainsi, c'est bien la preuve que je n'ai rien de grave et c'est tant mieux !

Et puis, le temps est MAGNIFIQUE !!! Il fait juste assez chaud, pas trop, il y a un petit vent agréable sur mes terrasses et même si je peux pas me mettre au soleil pour cause d'antibiotiques cette semaine, rien que de sortir à l'ombre et m'imaginer loin, loin, loin est tellement génial !!!!! 


mardi 2 juillet 2013

Nouveau traitement et effets secondaires


Pour la deuxième fois j'ai eu ma piqure dans le ventre ce matin. Nouvelles molécules qui devraient aider mes os à rester "solides" et "prévenir" la survenue de métastases osseuses. 

Et comme tout traitement, celui-là aussi comporte son lot d'effets secondaires costauds... j'ai réagi à chaque médicament avec une panoplie joyeuse de maux divers et ici, pas d'exception à la règle: j'ai mal. 

En une demi-heure mon corps s'est transformé en une masse compacte de douleur. Cela dure de 2-4 jours m'a annoncé le gentil infirmier qui a pris soin de moi et du PAC par la même occasion. Rinçage oblige, on a fait passer la prise de sang par cet ami qui m'a sauvé en matière de transfusions, de chimios et j'en passe. 

Donc, le calme serait le bienvenu les prochaines heures... arriverais-je à le faire comprendre aux trois enfants qui, en temps normal, n'en ont cure ??? 


samedi 17 décembre 2011

Et puis .... Non

Cela aurait été trop faciiiiiiiile si cela avait marché. Parce que bien qu'on soit le 17 aujourd'hui, bien qu'hier était le 16, bien qu'hier on aurait dû être de nouveau de ceux qui ont accès au monde joyeux et heureux d'internet, ehben, noooooon, on est toujours au coin, punis pour on ne sait quelle raison, pour un rendez-vous "manqué" ???

Hier je suis rentrée chez moi, remplie d'une certaine colère envers moi-même, colère et peur, un mélange qu'il ne faut pas trop cultiver. En moi bouillonne ce mélange, ce truc bizarre qui fait que vous savez que vous avez eu tort sans être persuadée d'avoir eu tort complètement. Je suis rentrée, j'étais fatiguée, mon corps ne veut plus de toute cette pluie, de toutes ces tempêtes dehors, mon corps veut quelques jours de soleil pour puiser un peu de force afin de pouvoir continuer... Je suis rentrée, je me suis préparée un verre de jus d'ananas, j'ai empoigné un chocolat





 au hasard et j'ai voulu taper quelques mots pour le blog... 

Oui, j'y avais cru, au moins quelques heures, sisisi, pensée positive et tout, mais ... rien, aucun signal !

A 16.09 blingbling; sms qui me dit qu'un technicien est passé à 16.09 et que personne ne lui a ouvert !!! Non, mais ! Non, mais vraiment !!! J'étais là, avec mon verre de jus d'ananas, avec mon ordi prêt à recevoir cet accès vers la caverne d'Ali Baba ... 

J'en ai ras le bol ! Ras le bol que cette société détient le monopole des lignes téléphone, internet et télé et qu'il n'y a pas moyen de les contourner. 

Donc, je squatte de nouveau, je m'habille chaudement et je descends à la cave parce qu'à la cave une bonne âme a eu la bonne la gentille idée (sans l'avoir fait exprès je pense...) de laisser sa ligne sans sécurité :-)

Bon, revenons à ma colère, à mon mélange qui me rend de mauvaise humeur, qui a fait que j'ai gâché une petite heure qui aurait dû être délicieuse comme un bonbon au caramel, celle qui a fait de moi quelqu'un qui lâche un mot coupant ...

Je sais ce qui se trame, ce sont les prémices de la fameuse date anniversaire de mes cancers ... 2 fois entre Noël et Nouvel An, deux fois à deux jours près on m'a annoncé la "bonne nouvelle". Et je commence sérieusement à paniquer cette année. Parce que je suis dans ma 4me année et si je survis l'année prochaine sans quak, ehben, mes visites seront plus espacées, mes contrôles relâchés et j'ai vraiment envie d'y arriver !

Malgré ma volonté et malgré mon esprit pratique qui me rassure avec des mots comme : arrête de te prendre la tête, arrête d'y penser ... il y a cette autre partie de moi, l'inconscient qui se pointe et me fait tressaillir au mot cancer ... 

J'ai tout simplement peur, j'ai tout bêtement la trouille des résultats des examens qui m'attendent.

J'ai une peur bleue qu'on me dise que ma vie sera écourtée, que je ne saurais pas goûter au bonheur qui se pointe au loin, que je suis arrivée à un moment où une masse de choses se mettent au calme après tous ces mois de chamboulements. Je viens de m'installer chez moi, je construis un nouveau nid pour nous, je me projette dans un futur et j'ai peur qu'une analyse de sang, un scanner s'abatte sur tout cela et m'en prive !!!

Egoïste de penser ainsi ? Egoïste de vouloir avoir des réponses claires et nettes ? Egoïste de revendiquer cette part de ma vie ? Egoïste de vouloir jouir de ma vie ? ? ? 

La nuit je me réveille et je prépare intérieurement mon discours d'adieu ...  purée j'ai peur de mourir ! Je n'ai plus eu peur de mourir, peut-être parce que je ne voyais pas de futur fondamentalement différent du présent. Alors que là ... j'ai de nouveau des projets et j'ai peur que je n'aie pas le TEMPS !!!

Non, je n'en parle pas, je le garde en moi, je ne saurais gérer la peur des autres. Alors je claque des dents, j'ai la chair de poule, j'essaie de me tenir à distance ... et je me fais mal ! 


mercredi 6 juillet 2011

Dates anniversaires

Mes lectures du moment traitent presque essentiellement de cancer. Ce n'est pas un choix morbide ou dangereux mais plutôt un intérêt croissant de comprendre et d'intégrer les aspects psychiques qui font que...

Bien que ne me sente pas habitée par le désir de partir consommer des décoctions de plantes hallucinogènes, bien que je n'ai ni les moyens ni l'envie de rencontrer des éminences grises du monde médical, je sais qu'en moi une partie refuse de croire que dans mon cas la maladie était "pas de chance".

Une fois mis de côté tous les facteurs de risque que je ne présentais pas mon pronostic d'être un jour cancéreuse était de -10% :-) Rassurant en sorte n'est-ce pas ... Alors pourquoi il a tout de même jugé bon de me choisir comme hôtesse ? 

J'ai ma théorie, certes, mais j'aime collecter des témoignages d'autres qui arrivent à la même conclusion. J'aime aussi lire que certains on ressenti comme moi ce changement en profondeur; je suis rassurée de lire qu'ils se sont heurtés aux mêmes obstacles dans le cadre de leur vie familiale et sociale. Qu'ils bataillent ferme pour se faire accepter tels qu'ils sont aujourd'hui et que sur leur route ils ont dû laisser partir vers d'autres destinations ceux qui ne pouvaient pas suivre leur métamorphose. 

Je me sens moins seule, moins incomprise, je me dis que s'ils ont exprimé leur tâtonnements ainsi, c'est que c'est loin d'être gagné. Surtout que ce genre de livre n'intéresse pas forcément le monde des "valides". Qui ose mettre sa tête dans la gueule du lion s'il n'y est pas obligé ? A part les co-touchés, qui lira avec autant d'application, qui boira avec avidité des flots de mots qui parlent presque exclusivement de maladie et de mort ? Et c'est bien légitime, cette peur est et reste ce qui paralyse, parce qu'encore aujourd'hui cancer sonne dans les oreilles du monde comme mort prématurée et certaine.

J'ai pris parti de faire tourner ma vie, ma joie et mon bonheur autour de ce mot. Il fait parti de moi, il est en moi, il se réveillera un jour ou pas, il ne peut être nié et je ne veux plus retomber dans les erreurs du passé. J'ai accepté le cancer comme un cadeau qui m'a ouvert les yeux et de voir de nouveau, j'ai accepté qu'il m'a permis de vivre désormais sans grandes craintes. Il m'a permis de me dépasser, il a balayé sur son passage la peur de ne pas y arriver, il m'a montré que je sais batailler et il m'a ouvert un chemin totalement fermé auparavant.

Je me replongerai dans un nouveau livre ce soir. La journée a son point fort cet après-midi avec un rendez-vous important. Jusque là je dois occuper mes mains et mon esprit ...

vendredi 17 juin 2011

Aimer cette vie et aimer vivre

Aujourd'hui je me suis levée avec cette certitude qui n'est ni nouvelle, ni une découverte, simplement un fait qui m'habite depuis 3 ans ... 

Il y a 3 ans quand j'avais fini chimios, quand mon corps commençait tout doucement à fonctionner, quand je n'étais plus en aplasie, quand la grande fatigue me laissait un peu de répit, je suis sortie un matin d'été très tôt de mon lit, j'ai quitté la maison et je me suis promenée dans le jardin. Arrivée à la piscine j'ai senti l'air frais caresser mes jambes nues, j'entendais les oiseaux chanter, je respirais la fraîcheur de la journée toute nouvelle... 

Un éclair ma traversée, je suis restée immobile, je ne pouvais plus bouger, j'étais clouée au sol... La pensée qui était d'une simplicité totale, d'une limpidité stupéfiante : JE VOULAIS VIVRE, J'AIMAIS LA VIE ... 

Cela peut paraître anodin, cela peut sonner assez banal, mais c'était bien la première fois de ma vie que je prononçais ces mots sans ajouter un ... mais .... ! C'était la constatation pure et simple. 

Ce jour, j'ai plané au-dessus des douleurs, j'ai été dans un état second. Les nuages prenaient une autre importance, les odeurs étaient toutes nouvelles, les oiseaux chantaient une autre mélodie... J'avais découvert que plutôt que lutter, plutôt que ne faire que me battre pour ne pas mourir, j'allais me battre juste vivre... 

C'était de tournant dans ma vie ; depuis ce jour, j'ai mis d'autres priorités. J'ai commencé à faire le tri des choses qui me faisaient du bien et celles qui me tiraient vers le bas. J'ai fait des catégories bien distinctes des comportements qui m'étaient propres et ceux imposés par les autres. J'ai rempli mentalement des sacs dans lesquels je mettais tout ce qui encombrait ma vie... 

Quand je dis que je suis heureuse, que j'aime ma vie, que j'aime être en vie, cela paraît comme le gros mensonge de quelqu'un qui veut se persuader que tout va bien. Je sais que c'est difficile de me croire, trop d'évènements ont bousculés mon existence, ont ébranlés mes fondations. J'ai survécu à deux cancers, j'ai divorcé cette année, je n'ai aucune certitude où je serai dans un mois, je n'ai plus assez de revenus pour vivre confortablement... et malgré tout ceci, je ne suis pas abattue, je ne suis pas lasse de ma vie, je ne sombre pas dans la déprime. 

Si j'ai saisi l'importance de faire la différence entre ; je ne veux pas pas .... et je veux ... (ce qui à priori reste pareil, le sens est tout autre, négatif ou positif .... ), si j'ai enfin compris qu'il fallait changer cette vie, qu'il fallait me débarrasser de tout ce qui empoisonnait mon existence, qu'il fallait prendre au sérieux les cris d'alarme de ce corps qui était en souffrance, c'est grâce à la proximité de la mort probable, certaine ...

Je ne serai plus jamais la même, je serai comme ceux qui ont survécu à un grave accident, de ceux qui ont frôlé la mort et qui s'en sont sortis contre toute attente.

Je vis d'une autre manière, je suis devenue calme et sereine, je me permets de petits écarts, je me laisse entraîner dans une frénésie passagère, mais dans le fond je suis devenue quelqu'un de beaucoup plus serein. 

Difficile pour ceux qui me connaissaient autre, pour ceux qui ne m'acceptaient que quand je correspondait à leurs souhaits, à leur moule dans lequel ils me mettaient. Difficile aussi de concilier vie de famille et nouveau moi. Tellement difficile que je n'ai pas réussi... 

Et même cela, je l'ai intégré dans ce que suis, cela fait partie de mon vécu, de mon chemin. C'était chose nécessaire, vitale... je le savais depuis tellement longtemps que cette relation n'était plus pour moi... je sentais qu'elle était pour quelque chose dans cette maladie. Trop empoisonnée de sous-entendus, d'essais de manipulation pour que je redevienne "comme avant".

Je choque quand je parle ainsi, je suis devenue très franche et directe, je blesse souvent, je ne me laisse plus faire si je suis persuadée que le jeu vaut la chandelle. Je ne veux plus être moulée et contrainte quand je sens que ce n'est pas pour moi ! 

Je suis heureuse dans ma vie, je suis confiante, j'aime vivre, je veux vivre, tout simplement !!!

lundi 13 juin 2011

Il a suffi de quelques jours

sans soleil pour que mon corps retourne dans l'état d'épave vivante. Mes os craquent, mes articulations coincent et ma tête est prête à exploser depuis bien trop d'heures.

J'ai eu presque deux mois sans trop de douleurs, deux mois pendant lesquels j'ai réussi à prendre encore une fois 2 kilos. Deux mois de bonne humeur et de joie de vivre. C'est d'autant plus dur de se rendre compte que ce corps ne sera plus jamais celui d'avant. L'âge doit y mettre un supplément mais le temps, la météo restent mon problème majeur.

Aucune envie de me bouger, aucune envie de faire ce qui doit être fait, aucun entrain. J'ai du mal à marcher vite, je suis essoufflée à la moindre montée d'escaliers, fini les bonds de joie et les danses improvisées. 

J'ai même fait une sieste cet après-midi, dans l'espoir de jouer un tour aux douleurs : quand tu dors, tu ne sens pas que t'as mal. Eh non, même pas réussi de tromper l'ennemi qui restait collé à moi comme un chewing-gomme malodorant et passé de date.

Une double dose de mon ami anti-douleur, un autre efficace contre les migraines. J'attends qu'ils me délivrent pour quelques heures. 

C'est difficile, c'est inquiétant, c'est gênant et je n'aime pas en parler... 

Ce qu'il me faudrait, ce serait vivre dans un micro-climat, jamais trop de différence de températures, jamais sans soleil plus de deux jours, jamais de changements brusques de météo. 

Aujourd'hui j'ai regardé avec angoisse les prévisions. Mauvaises pour la semaine qu'on vient d'entamer, même le weekend semble compromis. Cette semaine qui sera synonyme de beaucoup de transports, de beaucoup d'heures à attendre l'un et l'autre; semaine d'examens pour tout le monde, motivation à trouver, à garder, techniques à développer pour le plus jeune des garçons.

Avant tout il faut que je me remette au travail, ce travail si intéressant sur le livre du concours. Une joie à chaque page terminée et sortie. J'aime avancer, j'aime voir les feuilles s'entasser, j'aime voir les photos prendre place et relire les mots qui me font rêver.

Le repassage attendra demain, même après-demain, les sols aussi. Je ne peux m'occuper que du stricte nécessaire. La couture, le tricot, le dessin ... oubliés pour quelques jours. Le temps changera et avec lui toute une approche de la vie et de la joie.

mercredi 1 juin 2011

Tout simplement bien

dans ma peau. Une belle journée, de beaux moments et un rendez-vous chez l'oncologue qui m'a trouvée en pleine forme et épanouie... 

Des résultats d'analyses rassurants, une IRM pas trop mal, un temps d'attente certes long mais qui en valait la peine. 

Une petite heure rien que pour moi, une petite heure à me faire plaisir, à gâter mon corps qui reprend le dessus. 

Oui, je me sentais très bien hier, je suis fatiguée et j'ai une explication médicale au phénomène. Je n'ai plus aucune réserve de fer et de ferritine, seul bémol au tableau d'hier. C'est un problème récurant, j'ai déjà eu droit à plusieurs transfusions, la réserve se stabilise quelques mois et rechute. Bon, faudra passer par des examens supplémentaires pour détecter une éventuelle "fuite" dans le système. Cette fois-ci je table un peu sur le fait que je ne mange pas correctement quand je suis seule, que je saute les repas, que je mange peu et mal une semaine sur deux. Il faut absolument que je me reprenne en main de ce côté là. Tant pis pour les dépenses supplémentaires, ma santé passe au premier plan... à partir d'aujourd'hui le matin aura son petit supplément médicamenteux, du fer (beurgh) avec du jus d'orange, bonjour les nausées :-)

Ce matin le soleil refait son apparition, une journée de pluie a gorgé les parterres et les fleurs relèvent leur tête. 

La journée sera consacrée au repassage, au nettoyage, à mettre en ordre les papiers pour l'avocat, à déposer les papiers à A., à reprendre les garçons devant leur école et à faire un tour au centre commercial avec le deuxième. Ils iront jouer au tennis avec leur père ce soir, dormiront chez lui et ne reviendront que demain dans la matinée. J'ai la soirée libre, je ne sais pas encore ce que je vais en faire, mais j'ai une idée qui prend forme en douceur.

Demain mon élève revient après plus de 6 semaines d'absence chez moi. Je suis heureuse, là-aussi, de la revoir, de partager avec elle un petit moment musical, de lui parler et de l'avoir avec nous.

Oui, je suis bien, oui je me sens épanouie, oui ma vie est belle et c'est un plaisir de vivre. Encore et toujours ... 

mercredi 25 mai 2011

Retrouvailles

Cet après-midi j'ai rendez-vous à l'hôpital, au sous-sol, dans ce petit espace si joli et si calme qui s'annonce avec un petit panneau discret : chimiothérapie...

Je n'y vais plus pour combattre le cancer, je n'ai plus besoin des toxines qui me mettent à plat, j'y vais pour qu'on m'y administre mon traitement de choc pour renforcer mes os rongés par l'ostéoporose. J'y vais aussi pour une grande, énorme prise de sang, obligatoire tous les 3-4 mois pour continuer à surveiller de près le moindre changement.

Ce lieu avec son nom qui fait si peur, est devenu un lieu de joyeuses retrouvailles au fil des années. J'y ai rencontré bon nombre de personnes qui sont et resteront essentielles dans ma vie. Il y règne une bonne humeur, ce qui peut sembler étrange, mais les femmes (et les deux hommes) qui y travaillent savent rester d'une gentillesse sans faille. Je crois bien que c'est le seul et unique endroit que je fréquente où je n'ai jamais entendu un seul mot désagréable de la part du "personnel". 

Les "malades" sont nettement moins détendus, on les comprend, il y a ceux qui se plaignent sans arrêt, trop de lumière, trop chaud, trop froid, le siège qui n'est pas à leur convenance, je les comprends, ils sont en chimio, ils ne pèsent guère plus que des plumes mouillées, ils ne savent plus manger, ils ont leur muqueuses en lambeaux, la plupart est chauve et le vit mal, ils ont du mal à se lever, à rester debout, ils ont des nausées 24/24, des problèmes de tension, des reins qui bloquent, doivent passer examen sur examen et sont suspendus entre vie et mort, mais ne plus voir que la vie est belle, c'est cela que je pense être le plus cruel dans cette maladie.

Heureusement que d'autres sont confiants, ils ne sont pas nombreux, souvent ceux qui ont déjà fait une rechute, ceux qui ont des métastases, ceux qui récidivent... ils ont appris à aimer chaque jour, parce que chaque jour qui leur est donné est un jour de combat gagné. J'ai rencontré une femme formidable alors que j'étais en plein traitement ; elle passait sa 26e chimio, n'avait absolument plus aucun poil, portait un magnifique foulard et un sourire qui la rendait lumineuse. Elle parlait d'une telle simplicité, elle avait trouvé ce que j'appellerais la sagesse. Cancer, métastases, plus d'espoir de guérir, elle avait saisi la chance de vivre pleinement, de vivre ce qui lui restait de façon dégagée et ouverte.

Lors de mon récidive, alors qu'il me fallait toutes ces toxines pour chasser un peu plus loin la mort qui rôdait, je n'avait pas la chance de passer les traitements au sous-sol, j'étais obligée de rester en hôpital de jour, tout autre monde, toute autre mentalité. Je partageais une chambre avec une, parfois deux et même trois autres cancéreux et je devais user de toutes mes combines pour ne pas me laisser tirer vers le bas. Mais il y avait aussi les jours de chance, les jours où on avait des fous rires, les jours où j'étais entourée d'autres folles qui avaient qu'une seule envie, passer cette journée en délire. 

Je sais qu'on était hors du temps, je sais que pendant les traitement le temps d'arrête, je me rappelle à quel point j'étais heureuse de laisser tomber le poids de la maladie qui pesait sur moi en dehors de l'hôpital. Une bulle de bien-être, aussi bizarre que cela peut sembler, je vivais ces jours-là en totale symbiose avec ma maladie, pas besoin de raconter que j'allais bien, pas besoin de me cacher sous d'une perruque, je mettais foulard et habits dans mon sac, j'enfilais des chaussettes bien chaudes, un pull ample et je m'entourais de tout ce qui me faisait plaisir. Je mangeais des ananas, du chocolat, des biscuits, je partageais sandwichs et coca, on se passait les revues débiles (seule chose qu'on était capable de lire et de comprendre...) et on attendait que les baxter se vident de leur contenu multicolore. A la fin on se disait "au revoir" et ce mot prenait tout son sens... rien n'était sûr, rien ne pouvait garantir qu'on serait encore là la prochaine fois.

La dernière séance m'a apprise l'humilité. Jour de chance, j'étais avec une dame qui elle aussi en avait terminé. On décomptais les millilitres qui nous séparaient de la liberté. On faisait des plans pour "l'avenir"... En milieu d'après-midi une femme de mon âge est arrivée dans la chambre. Elle avait l'air détruit, son mari était décomposé. Ils pleuraient doucement tous les deux, se tenaient par la main, s'embrassaient... On était un peu gênées de les voir ainsi... On se faisait des clins d'oeil pour faire passer le malaise soudain qui avait envahi la chambre. Quelque temps plus tard leur médecin arrivait avec les résultats. Métastase au cerveau après un cancer du sein, inopérable, elle allait être amenée d'urgence dans un hôpital loin du pays, un hôpital de pointe avec l'espoir minime que là-bas un chirurgien allait accepter de lui retirer la tumeur. 

Un silence de plomb a soudainement arrêté toute plaisanterie. Le mari sortait pour prévenir la famille, trois petits gamins qu'il fallait caser... la femme était seule face au diagnostique qui avait mis fin à sa vie. Elle pleurait sans un bruit, elle était seule dans son grand lit, perdue, affolée. Je me suis approchée d'elle, je lui ai caressée la main, le l'ai prise dans mes bras et je l'ai cajolée comme un enfant. On est restées de longues minutes ainsi, une demi-heure à essayer de lui donner un peu de force. Je suis restée avec elle bien après la fin de mon traitement... le temps que son mari revienne. Je les ai laissés seuls, ma compagne de chambre partait elle aussi, on s'était dit qu'on irai fêter l'évènement à la cafet en s'enfilant de gros morceaux de gâteau à la chantilly avant que les nausées nous prennent par la gorge, mais on n'a rien fait. On s'est dit: bonne chance pour la suite et chacune est partie de son côté.

Je pense tellement souvent à cette femme, j'ai refusé de lire les annonces mortuaires pendant des mois pour ne pas voir sa photo suivie de quelques mots... J'ai été marquée dans mon plus profond.

Cet après-midi je rejoins de nouveau ceux qui se battent ou se laissent faire, ceux qui ont un sourire dans leur visage pâle... mes amies infirmières qui prendront des nouvelles des enfants, qui se rappelleront de mes passages où tout allait de travers, on rigolera de la poisse que je portais pendant une année et je m'installerai dans mon fauteuil préféré près de la fenêtre. Je poserai ma bouteille d'eau, je tricoterai (merci le PAC qui me donne toute liberté de mouvement!!), je lirai quelques pages dans un des magazines people. C'est devenu un rituel immuable. C'est rassurant de se savoir en de si bonnes mains. C'est devenu une partie de ma vie.