samedi 25 décembre 2010

I'm a survivor

Il y a 5 ans, le jour de Noël, alors que je m'apprêtais à savourer l'odeur de mon nouveau lait pour le corps, je palpais dans mon gauche une grosseur. J'étais affolée, hier elle n'était pas encore là, j'en était sûre. J'essayais de me calmer, peut-être que je m'étais cognée en montant les caisses de vin ? Peut-être que j'étais mal couché et un canal s'était bloqué ? Je massais cette grosseur mais elle ne disparaissait pas. On allait partir pour la traditionnelle fondue chez les grands-parents des enfants, je ne pouvais quand même parler de cette découverte angoissante à quelqu'un, surtout alarmer personne !

Pendant le repas je passais ma main sur le sein ; elle était là, semblait grossir à chaque heure.

Le lendemain impossible de joindre un médecin, il a fallu attendre le 29 décembre pour voir le docteur des urgences, visiblement pas heureux de me recevoir et qui balayait mes paroles d'un : allez voir votre gynécologue, il vous fera passer une mammographie s'il le juge utile. Ne vous tracassez pas, vous êtes bien trop jeune pour avoir un cancer.

Le verdict de la mammographie et des biopsies qui l'ont suivi m'ont appris que même si sur le papier j'étais trop jeune, mon corps avait bel et bien un cancer. 

Tout s'est enchaîné à une vitesse qu'il ne me restait pas trop de temps pour réfléchir. Les rares moments où je me permettais d'y penser étaient tellement douloureux. Mes enfants si jeunes : 3 ans pour ma fille,  6 ans et 8 ans pour mes fils. Je pleurais, j'hurlais ma colère !!! Pourquoi moi ???

Opération, chimio, séances de radiothérapie m'ont accompagné jusqu'en juillet. Deux mois de repos et en septembre je reprenais le travail. Mes élèves me trouvaient changée. Plus souriante, plus proche d'eux. 

Deux ans se sont écoulés, ponctués de scanner, IRM, mammographies, biopsies... Tout était ok.

Le jour de Noël 2006, j'avais de nouveau reçu un lait pour le corps, je revivais le même scénario que deux ans auparavant. J'ai changé de tactique. Plutôt que subir, j'allais agir. Début janvier le verdict de récidive, mastectomie bilatérale, chimio, herceptine. On m'avait posé un PAC, la seule chose que j'avais toujours aimé de mon corps, le triangle que forment les os de la clavicule, était détruit. J'étais couverte de cicatrices et je ne ressemblais plus à rien à une femme. 

Aujourd'hui je ne me mettrai pas de crème, ni de lait pour le corps ; j'ai interdit à qui que ce soit de m'offrir une telle chose :-) Les examens de contrôle vont débuter en janvier. Je sais que l'attente de résultats sera longue, mais j'arrive très bien à le gérer. Les peurs ont disparu.

Le cancer m'a pris mes seins, ma vie de femme, mon travail. Mon mari est parti parce que j'ai trop changé. 

Et malgré tout cela j'ai des moments où je suis presque reconnaissante de ces cancers. Ils m'ont rendus plus forte, il m'ont montré que la vie ce n'est pas se lamenter pour ce qu'y ne va pas, mais agir pour changer nous-même la situation. Je suis devenue intransigeante envers les personnes qui n'aiment pas leur vie alors qu'ils ont tout ce qu'on a besoin, une famille, la santé ...

Le plus important est ceci : depuis 5 ans je suis cancéreuse et je suis toujours là ! Je vis et je vis ! 

I'm a survivor !!! 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire