jeudi 27 janvier 2011

Il aurait eu 69 ans aujourd'hui

Mon papa ... décédé à tout juste 50 ans, arrêt cardiaque, à son travail, un lundi matin d'août.

J'aurais aimé qu'il connaisse mes enfants, j'aurais aimé qu'eux le connaissent. Comme j'aurais aimé le voir les prendre dans ses bras (ce qu'il ne faisait pas avec moi), de jouer avec eux (ce qu'il ne faisait pas avec moi non-plus), de développer cette amitié que les grand-pères savent créer parfois avec les enfants de leur enfant. 

Peut-être que m'a vie aurait pris une autre tournure, je ne serais certainement pas ici, je n'habiterai certainement pas cette maison. 

Le jour de sa mort était le premier jour de congé à mon travail. J'étais encore couchée quand on a sonné à la porte. Ma mère était partie, je suis descendue en chemise de nuit et j'ai entrouvert la vitre. Deux hommes se tenaient très droit devant moi et ma première pensée était : ben dis-donc, ils viennent sonner tôt pour vendre leurs billets de tombola. 

Puis ils m'ont appris que mon papa venait de mourir. Qu'un de ses collègues l'avait trouvé à son bureau, la tête posée sur des dossiers. Que le médecin avait conclu à un arrêt cardiaque, qu'il n'avait pas souffert avant de partir. 

J'ai du appeler ma mère pour lui annoncer cette nouvelle terrible. Elle a juste crié et a raccroché. Quand elle est arrivée en larmes à la maison, elle s'est effondrée dans les bras des deux hommes. Comme j'aurais aimé qu'elle me prenne dans les bras, qu'elle ne me regarde pas avec cette froideur... mais j'étais seule avec ma gorge serré et mes larmes coincées dans ma poitrine. J'avais tellement froid !

Les jours qui ont suivis ne sont que brouillard. J'avais refusé d'aller voir mon papa à la morgue, je ne voulais pas le voir mort, je ne voulais pas garder de lui une image qui ne me quitterait plus jamais. Pour moi mon papa c'était des rides plein le visage quand il riait et des yeux bleus qu'il a partagé avec moi. Là aussi, de la part de ma mère une incompréhension totale, on était à la limite du conflit.

Mon amoureux, le papa de mes enfants, a essayé de me distraire. C'était gentil, mais je ne voulais qu'une chose, qu'on me laisse tranquille, qu'on ne me force pas à rire alors que je venais de perdre un pilier de ma vie. Mais j'ai ri, j'ai fait bonne mine, j'étais rassurante, je consolais ceux qui pleuraient autour de moi. 

Le quotidien a vite repris le relais, je reprenais le travail, je refusais de penser à ce qui m'attendait en rentrant chez moi. Même pas six semaines après son départ on m'a fait une offre pour acquérir un appartement. Pensant que je ne pouvais laisser ma mère seule dans la maison familiale, je voulais refuser. Refuser aussi parce que je ne me sentais pas prête à partager ma vie avec mon amoureux. Mais ma mère avait d'autres projets pour moi, elle m'a poussé à l'achat, a dit à tout le monde que je ne devrais pas prendre en compte sa perte pour me lancer dans ma vie. J'ai cédé à la pression et je suis devenue propriétaire. 

Que ce serait-il passé si mon papa était toujours là? Que ce serait-il passé dans ma vie ? Je ne saurai jamais, je sais juste que malgré les année qui passent son manque se fait toujours énormément sentir. Alors j'imagine qu'il est devenu mon ange gardien, qu'il veille sur moi et qu'il me guide dans mes choix. Je le remercie quand je suis en retard et que le feu passe au vert, c'est bête, mais cela me permet de garder un contact avec lui qui n'est qu'à moi. 

Je ne me rends sur sa tombe que deux fois par an. Je n'en ressens pas le besoin. Pour moi il n'est pas sous une dalle en granit, pour moi il est là, juste derrière mon épaule et quand je tends les oreilles je peux l'entendre rire.

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