mardi 1 février 2011

La mort

et ne pas savoir en parler. Parce que vos proches ont peur, peur de vous perdre, peur de l'avenir.

J'avais tellement besoin de pouvoir parler de la mort quand j'ai appris que j'avais un cancer, tellement besoin d'exprimer ce qui me pesait le plus dans l'idée de partir. J'aurai souhaité qu'on me laisse exprimer mes angoisses. A la place on me servait des : il te faut du courage, ne te laisse pas aller aux idées noires.

Personne ne comprenait que penser à sa mort si on sait qu'on peut mourir prématurément d'une maladie n'est pas se noyer dans le désespoir. Penser à sa mort implique qu'on se pose la question de ce qu'on va regretter le plus. Pour ma part c'était le fait que je n'avais pas laissé assez de souvenirs à mes enfants, qu'ils allaient m'oublier, que mon image allait s'effacer de leur âme comme de vieilles photos qu'on ne prend pas soin de mettre à l'abri de la lumière. J'avais peur qu'ils me remplacent un jour et que je ne reste qu'une ombre tapie au fond de leur inconscient, une ombre qui allait faire surface le jour de la toussaint quand ils se sentiraient obligés de se rendre sur ma tombe. Cela me faisait mal, je ne pouvais pas partir et n'être qu'un vague souvenir dans leurs mémoires.


Quelque temps après les chimios, une fois rétablie, j'ai commencé à prendre soin de passer des moments inoubliables avec mes enfants. Des moments rien qu'à nous, des moments de fous rires, des moments de recueillement profond devant la beauté de la nature. Je leur ai appris à s'arrêter, à prendre le temps d'admirer un coucher du soleil, un arc-en-ciel, à regarder et à ressentir toutes les émotions. On se prend en photo le plus souvent possible, je leur laisse des carnets de notes qu'ils pourront lire s'ils le souhaitent pour qu'ils n'oublient pas que j'étais non seulement leur maman, mais aussi une femme qui avait des problèmes à résoudre, qui avait des remords, qui était fière d'eux, qui avait une folle envie de vivre et qui était heureuse. Peut-être que ces notes leur seront utiles le jour où ils rencontreront des obstacles sur leur chemin.


Avec eux j'ai parlé de la mort, que je ne souhaitais pas mourir, que je voulais les voir devenir des adultes, que je voulais les guider jusqu'au jour où ils sauront déployer leurs propres ailes et s'échapper des miennes. Ils ont pleuré avec moi, mais le poids qui pesait autour l'idée de perdre leur maman s'est allégé et même si elle est toujours présente dans nos esprits, elle fait désormais partie de notre réalité.



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