ou du comment une chose anodine devient une catastrophe
Si j'ai dit que même avec le prince charmant je serais obligée d'être honnête c'est surtout pour éviter cet effet papillon. Le petit truc qu'on trouve "mignon" alors qu'il nous agace légèrement sans qu'on ose le dire. Le petit truc qui peut être aussi banal qu'un simple "euh" au milieu d'une phrase. Le petit machin qui titille sans plus... au début.
Puis, après avoir pensé s'en être accommodé, quelques mois ont passé et le "euh" si banal a toujours de quoi nous faire sursauter. On n'y accorde pas trop d'importance, l'autre a tellement de qualités, tellement de gentillesse ... ce n'est pas un "euh" qui va ... mais non, on n'est pas difficile à ce point, tout de même !
Cinq ans plus tard on se surprend à attendre cet "euh", si bien que s'il ne vient pas il y a comme un soulagement... et s'il avait fini pas disparaître ? Mais ... ah ben, non, il est toujours là, bien mal-placé au milieu des phrases quotidiennes : tu veux ... euhh .... du pain .. euh ?
Et là, il devient obsessionnel, on l'attend, on les compte, 204 jusqu'à midi. Va-t-il franchir le cap des 500 aujourd'hui ???
Finalement on n'entend plus que lui, le reste des mots est devenu un blabla qui entoure le EUH.
MEUH, ouiEUH chériEUH, j'EUH t'aimEUH !
Plus rien de sait l'effacer, plus rien ne pèse en sa faveur, il est là, balayant tout à son passage...
Oui, c'est bête, oui ce n'est pas cela qui fait d'un homme un homme... mais c'est malheureusement à cela qu'on accroche tous nos autres désespoirs. Parce que parler des vrais "problèmes", du fait qu'on ne sent plus aimée comme au début, qu'on a des doutes pour l'avenir, qu'on a encore et toujours besoin de savoir que l'autre est et sera là pour nous. Que le vieillesse nous fait peur, qu'on a perdu l'amant du début, qu'on a besoin de l'autre et de façon égoïste juste pour soi... si on n'a pas pris le soin de parler de toutes ces choses dès le début, si on s'est bercé dans l'illusion que toutes ces questions sont superflues, alors oui, on n'aura que ce petit EUH à lui reprocher....
Alors oui, très cher prince charmant, si tu me lis, où que tu sois... prépare-toi à m'entendre dire que j'ai besoin qu'on me rassure, que j'ai envie d'entendre des : je t'aime, que je ne veux pas avoir l'impression de n'être qu'un détail dans ta vie, que je veux que tu sois là à mes côtés quand je me sens faible. Tu n'est pas obligé de résoudre mes problèmes, je veux juste te savoir là, à me soutenir, à me protéger .
Sur ce sermon : Bon dimanche à vous
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