samedi 7 mai 2011

Gin Orange et autres couleurs d'été

Hier soir, comme souvent les vendredis, soirée entre filles. Petite sortie improvisée suite à une courte concertation à la sortie de l'école. On s'est retrouvées au restaurant, pas le même que la dernière fois, mais tout de même dans les environs de nos maisons respectives.

D'excellente humeur je suis partie de la maison, j'ai presque pas râlé en voyante un énième panneau : route barrée qui m'a obligée de faire un beau détour, j'ai garé la petite voiture verte et j'ai rejoint les filles, grandes et petites. J'étais tellement de bonne humeur que j'ai regardé loin devant moi, je n'ai prêté aucune attention aux regards. Ah oui, j'étais de très bonne humeur hier :-)

On nous a proposé la carte pour l'apéro et contrairement à mes habitudes non-alcooliques je me suis permis de commander un gin-orange. Souvenirs lointains d'un voyage de concerts à Riga, juste après la chute du mur... Souvenirs d'une cave humide et assez délabrée (pour rester polie et courtoise), dans laquelle nous recevaient les étudiants du conservatoire pour nous souhaiter la bienvenue dans leur pays. 

Souvenir de ne pas avoir su distinguer les verres sur les bancs parce que la seule et unique source de lumière étaient deux bougies coincées dans les goulots de bouteilles. Souvenir d'avoir eu très soif après le concert... et d'avoir bu en toute vitesse deux grands verres du breuvage. Et puis, tout s'embrouille... parce que ce qu'ils nous servaient était de nature plutôt costaud. Ils avaient mis tout leur argent dans un pot pour nous offrir la boisson la plus occidentale et européenne possible à leurs yeux : du gin-orange. Mais ce qu'on ne savait pas, c'est qu'à cette époque le jus d'orange coûtait le sextuple du prix du gin ... et qu'ils avaient mixés dans la même proportion inverse. Beaucoup beaucoup de gin pour très peu d'orange. Ohla, même en y pensant après tant d'années j'ai encore la tête qui tourne :-) 

J'ai encore de très vagues souvenirs qu'on a du remonter de cette cave avec nos quelques verres (non, je ne sais plus combien, mais comme je l'ai déjà dit : on avait soif !!) dans le nez, quand a du retrouver le bus (vrai bus de l'époque soviétique, avec les gaz d'échappements qui rentraient par tous les trous ...) et qu'il a fallu retrouver nos "chambres" dans "l'hôtel" qui nous servait de quartier de nuit. 

Ce que je me rappelle par contre, c'est le réveil du lendemain. Douloureux ! C'est le seul adjectif que je mettrais ... Les têtes qu'on croisait dans les couloirs n'avaient plus rien des personnes du matin précédent. Tous avaient l'air blafards et malades et tous étaient sensés visiter Riga à pied le jour-même. Je suis désolée, je ne me rappelle plus de beaucoup, heureusement que j'avais un appareil photo pour immortaliser le marché de viande, avec ses veaux, vaches etc découpés en morceaux grossiers, dévorés par les mouches, faute de réfrigération... tout était posé sur la terre, comme ça et pourrissait parce que personne n'avait les moyens pour acheter. 

Les vendeurs de cigarettes qui vendaient les cigarettes à l'unité. La femme qui vendait un bas et une moitié de collants. Les enfants qui nous suppliaient de leur donner un peu d'argent. Le marché aux poissons qui s'annonçait par ses odeurs nauséabondes... un autre monde comme sorti d'une autre époque.

Peu à peu les effets de l'alcool se sont dissipés, on disparaissait de moins en moins derrière les buissons et à la fin de la journée tout le monde avait compris que ce qu'on avait vécu allait rester dans nos mémoires à jamais. Le dernier soir, sur la plage, on s'était rassemblés en petits groupes pour admirer le soleil de minuit. C'était l'image parfaite pour clore ce voyage.

Aujourd'hui, aucune séquelle de ma sortie d'hier. Je suis devenue très raisonnable (et très vieille aussi :-)) On s'est dit bonne nuit à 22.00, toutes fatiguées et avec la seule idée d'aller poser sa tête sur l'oreiller et de passer une bonne nuit. 

La mienne a été reposante à volonté, je me suis levée à 5.35, j'ai regardé par la fenêtre et je me suis dit que décidément je suis gâtée d'être là où je suis, que je suis gâté de me réveiller en douceur et d'avoir devant moi une belle journée.

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