En pleine nuit j'entends dehors les grues partir pour l'hiver.
Comme chaque année, je ne sais pas pourquoi, j'ai le coeur gros les imaginant faire ce grand voyage. Parce que l'hiver sera là bientôt, parce que les saisons tournent trop vite, parce que le temps passe, parce que les années semblent de plus en plus courtes.
Je ne sais pas dormir, j'ai dans ma tête ces deux phrases qui résonnent. J'ai dans ma tête des larmes qui sont au bord des yeux, quelques unes trouvent la sortie et me brouillent la vue. Je sais que si je commençais à pleurer m'arrêter serait difficile.
Je sens depuis quelques jours une grosse vague noire m'emporter. Toujours pour les mêmes raisons, toujours à cause des mêmes personnes. Un pas en avant pour dix en arrière. Trahison, mensonges, manipulations, cela n'arrête donc jamais, cela n'arrête tout simplement pas. Tellement de mois, tellement d'années à encaisser sans broncher, tellement de larmes jamais pleurées.
Les nuits sont sans sommeil depuis jeudi déjà. La somme des heures à tourner en rond s'alourdit.
Etais-je trop fière à annoncer que les flèches ne savaient plus m'atteindre ? Avais-je vu trop grand, trop beau ?
Tant que je vivrai ici l'humiliation publique sera donc de mise ? Tant que je vivrai ici je serai reléguée au second ... non ... quinzième rang ? Tant je vivrai ici je devrai garder mon mur de château fort ?
J'ai des gros mots au bout de la langue. Ridicule et enfantin peut-être... pourtant je m'imagine les lâcher au bon moment, au bon endroit. Et je sais que je ne le ferai jamais, alors que certains m'affirment qu'une bonne insulte soulage le coeur et la tête.
Toujours les grues qui s'informent sur leur plan de vol...
Les nuits comme celle-ci je me rends compte du côté noir de ma solitude, de ma vie. Les nuits comme celle-ci j'aimerai avoir une personne à mes côtés qui respirerait doucement, profondément endormie et qui m'emporterait avec elle vers les rêves. Une personne à qui prendre la main pour me réconforter.
Il n'y a rien d'autre que des livres qui partagent mon lit, des histoires qui ne me font pas rêver, au propre comme au figuré, à se demander pourquoi je concorde mes choix avec mes sentiments ?
Encore quelques heures à attendre avant que le réveil ne sonne pour ne pas me réveiller et je ferai de nouveau parti du monde.
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