dimanche 23 janvier 2011

Perdre les repères du monde



Parce que pendant plus de la moitié d'une vie on n'a plus eu le droit de regarder au-delà du cocon familial, je ne sais plus comment interpréter des paroles qui me font penser qu'on s'intéresse à moi toute seule. Pas à moi en tant que femme de... ni maman de... ni fille de ... . Même du temps que j'enseignais on ne me parlait pas à moi mais seulement à la "Madame". J'ai toujours mis un distance volontaire entre les parents d'élèves et moi et les quelques rapprochements voulus ou souhaités de leur part n'ont jamais menés plus loin que le fond du couloir devant ma salle de classe.

Donc, j'ai perdu les repères. Je ne sais plus si c'est juste pour rigoler si on m'écrit pour me souhaiter un bon dimanche et qu'on me demande si j'ai bien dormi :-) Je ne sais pas si c'est juste la manière de faire,  la manière de communiquer. Peut-être que je me prends beaucoup trop au sérieux quand des mails ou des coups de fils me font rougir, peut-être que de l'autre côté se trouve seulement une personne pour qui les mots doux et gentils sont son langage ?

C'est tellement loin, c'est tellement  l  o  i  n !

Dois-je balayer mes préjugés, mes idées vieillottes ? Et s'il suffisait de jouer le jeu ? De prendre le risque d'avoir mal compris, même si par après je me sentirai tout à fait ridicule ???

J'ai tout juste 40 ans et le monde extérieur était clôturé depuis mes 18 ans. 22 ans sans un regard de côté, sans possibilité de garder contact en dehors de la bulle dans laquelle j'étais enfermée. Comme une toile d'araignée qui d'abord est large et flexible, les fils m'ont englués et la vie de femme ma vidée de tout sentiment vivant.

Il était temps que je me réveille ! Il était temps de casser cette prison. Comme un prisonnier qui est libéré après une longue peine, je me trouve dehors et je ne reconnais plus rien. 

Je vais prendre le taureau par les cornes et je vais me confronter à ce monde nouveau, aux rencontres et aux découvertes, tout en essayant de blesser personne, ni mes enfants, ni empiéter sur les cocons d'autres familles. Un acte d'équilibriste m'attend et je m'y prépare en enfilant mes chaussons.

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