mardi 8 février 2011

Brouillard épais

au lever. Pas moyen de voir jusqu'à la rue du village. Pas trop envie de quitter mon lit bien chaud, pas trop envie de réveiller ma fille, celle qui ne doit plus arriver en retard à l'école. La pauvre, elle qui n'avance pas le matin, elle qui raconte sa vie, ses rêves, elle qui s'habille tellement lentement que je pourrais lui tricoter un pull en attendant qu'elle ait fini d'enfiler ses pantalons, elle, qui aime traîner dans la voiture avant de commencer sa journée de travail... elle a eu son troisième trait pour retard dans les rangs la semaine dernière et depuis elle vit en stress permanent dès son réveil. Surtout ne plus devoir conjuguer dans tous les temps ; C. ne sera plus en retard à l'école... la pauvre, alors que la semaine dernière c'était autant ma faute que la sienne. J'étais prête à en parler à sa Madame, mais C. m'a dit: SURTOUT pas mamaaaaaaaaan. Alors j'ai juste signé en ROUGE le mot dans son journal de classe (même si je sais que le journal de classe DOIT être signé en noir ou bleu ... ooooh vilaine révoltée que je suis !!)

Il a quand même fallu nous extirper des couettes douces pour descendre à la cuisine. Et miracle, miracle, il nous restait des crêpes d'hier soir. Poufti, des crêpes chaudes au beurre qui fond et avec une couche se sucre, je ne dis que poufti, c'était trop bon. A oublier le brouillard, non, à presque oublier le brouillard dehors. Je dis miracle parce qu'habituellement les garçons passent par là la nuit (sisisi, ils se relèvent la nuit pour manger !) et il ne reste pas une miette. Me mettre à cuire des crêpes pour le petit-déjeuner ? Hmm, non, faut pas non plus imaginer que je suis super-woman :-) 

Je dépose ma fille à son école, elle soupire en voyant sa Madame, rigole quand je lui dis que cette année aussi va passer (j'oublie souvent comment une année est longue quand on va avoir 10 ans...) que ce soir c'est danse et qu'elle va adorer sa journée. J'ai eu la nette impression qu'elle ne m'a pas crue, j'ai pourtant fait de mon mieux pour être convaincante.

Me rappeler de mon année scolaire quand j'avais son âge ; j'avais une Madame que je n'aimais pas, elle parlait fort tout le temps et elle ne souriait jamais. Ni en classe, ni dans la cour de récréation. Les mamans se chuchotaient, pensant qu'on ne les écoutait pas, que c'était parce qu'elle avait des problèmes de couple... On s'imaginait les pires des choses, avoir des problèmes de couple, mon dieu, que cela paraissait grave à nos yeux. Dans notre classe une fille, une seule ! avait des parents divorcés, tout le monde avait pitié d'elle, avoir des parents qui ne vivaient plus ensemble, quelle tristesse...

Me rappeler aussi que c'était l'année ou j'ai compris que si on ne portait pas de sous-vêtements pe..it bâ..au, jamais on ne serait la bienvenue dans le club de celles qui portaient ces slips rayés. Désespoir ! Les miens étaient blancs et passaient à 95° degrés dans la machine :-) Question de principes maternels.

L'année de mes 10 ans, mes cheveux jusqu'au jambes, le début des lunettes, l'envie d'être obligée de porter un appareil dentaire (parce que les enfants qui en avaient un, avaient le droit de brosser leurs dents après avoir mangés ...) la certitude de ne pas être comme tout le monde, la seule à faire de la musique, la seule à ne pas jouer au tennis, faire du cheval, prendre des cours de natation. La seule qu'on n'invitait jamais, parce que ma mère refusait d'inviter quelqu'un chez nous. La seule assurément aussi qui ne savait pas rouler à vélo :-) et donc la seule qui ne participait pas aux coupes scolaires et la seule qui n'arborait pas le pins qui prouvait qu'on arrivait à tendre un bras pour annoncer un changement de direction. Vie cruelle que celle d'une fille de presque 10 ans. 

Je devrais y penser plus souvent quand je veux balayer les doutes de ma petite fille. Même si aujourd'hui, avec mes yeux d'adulte, toutes ces petites tracasseries me semblent bien sans importance. Ne jamais oublier à quel point j'aurais aimé avoir une maman à qui en parler, une maman qui m'aurait écoutée et qui m'aurait fait comprendre qu'elle m'aimait et m'aimerait malgré toutes mes différences. 

Ce soir je vais la prendre dans mes bras et lui prêter toute mon attention, parce qu'elle est ma fille et qu'elle en a besoin.

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