Je l'appelle comme ça, sans gêne ; mon piano. Même si c'est plutôt le piano familial qui endure toutes sortes de martyres, il reste pour moi le mien.
C'était une acquisition spontanée. Lors de mes premières chimios je n'arrivais plus du tout faire de la musique. On avait (et on a toujours) un clavinova, certes bien pour préparer les cours et jouer la nuit, mais il manque à cet instrument le rapport intime qu'on développe au fil des années. J'étais obligée de rester à la maison, système immunitaire inexistant oblige, sans visites et totalement désoeuvrée. Je flânais sur le net et je tombe sur une annonce: piano à vendre.
La place, on l'avait, l'envie d'avoir un vrai piano encore plus, et même les moyens de nous faire plaisir. Pas une seconde d'hésitation; mail envoyé et piano acheté :-)
Quand il est arrivé ... une légère déception m'envahit. Oui, je savais qu'il avait plus d'années derrière lui que moi, mais mis à part cela, sa sonorité laissait à désirer, il montrait des signes de faiblesse à l'attaque et avait un air de vieux piano de conservatoire. Il est alors passé dans les mains de notre accordeur qui l'a bichonné, lui a confectionné de nouveaux marteaux, à joué sur la réponse et l'a finalement accordé. Depuis il est devenu mon ami, le piano était une promesse qu'il fallait réveiller.
Il m'accompagne depuis presque 6 ans maintenant. Il est témoin des mauvais jours, doit endurer mes colères et se réjouit avec moi quand tout va bien. Je me fonds en lui, je me sens bien quand je me mets à jouer, même si ce n'est que les gammes, chaque jour je lui consacre du temps, du temps juste pour nous deux.
Le plaisir de me lever le matin et de commencer, café posé à côté de moi, la journée avec lui ! C'est devenu une véritable histoire d'amour.
Tout à l'heure, au moment de mon rituel du matin, quelques timides rayons de soleil l'ont effleuré, c'était tellement beau. Il avait l'air d'apprécier autant que moi....
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