Hier soir, alors que j'étais en pleine session : je jette le trop plein pour faire de la place pour le vide, mon téléphone a sonné. Chose rare à cette heure, chose rare pour un samedi.
La discussion a duré une bonne demi-heure et quand j'ai raccroché je n'étais pas sûre d'avoir dit/fait la "bonne chose". Attendait-on autre chose de moi ? Une affirmation, une invitation encore plus claire ? Attendait-on de moi que je prenne "les choses en main" devais-je lire entre les lignes des mots avortés ??
La question me taraude, j'y ai pensé le gros de la matinée, encore blottie entre mes couettes et couvertures, observant la pluie sur ma fenêtre.
Je suis devenue tellement prudente dans certains domaines que je n'ose plus être spontanée dans ma démarche, j'ai pris tellement de murs que je reste derrière ma porte toujours ouverte mais je ne franchis plus le seuil. Je suis devenue tellement prudente que je ne m'autorise plus d'espérer ...
La semaine écoulée était décisive en bien de points, j'aurais le feu vert pour reprendre une vie active, j'aurais le laisser-passer pour le monde du travail, si le monde du travail veut encore de moi. Après tellement d'années ...
Dans mon dossier qui a été débattu quelque part de personnes pour lesquelles je ne suis qu'un numéro parmi d'autres on peut lire, si on prend la peine de lire le dossier, que reprendre le travail sera nocif, voire délétère pour moi, ma santé, malgré cet écrit "on" m'a rayé d'une liste pour me mettre sur une autre.
Je n'ai pas la moindre idée de mon futur... que sais-je faire ?? A part donner cours ?? Qu'ai-je comme qualification ?? RIEN ... alors, comment me proposer une occupation ??? Je ne suis pas faite pour travailler avec une hiérarchie au-dessus de ma tête, je ne suis pas faite pour suivre un protocole juste parce que c'est écrit ainsi. Je ne suis pas faite pour me fondre dans une masse qui travaille juste pour gagner de l'argent... plus de 20 ans dans l'enseignement ou on m'a fait confiance sans me contrôler puisque les résultats étaient bons m'ont donné le goût de la liberté d'organisation et de la liberté tout court de travailler à ma façon.
Non, je ne suis pas surprise que je sois de nouveau "apte" pour un médecin-contrôle puisque ce médecin ne fait qu'appliquer des quotas incompréhensibles, il ne fait que le compte des "points" et mes douleurs, migraines, fatigue, lassitude, prise de médicaments puissants etc ne sont pas repris dans son code ... oui, ce médecin m'a sorti : si au moins vous aviez une métastase mais vous, vous n'avez rien ...
Dur à avaler, dur parce que c'est ainsi que me voient la grande majorité des gens que je connais, je n'ai pas de stigmates visibles, j'ai un bon mètre de cicatrices, j'ai un corps qui fait mal mais cela ne se voit pas... oui, j'ai perdu mes seins, j'ai perdu "ma féminité" visible, mais ... puisque je le vis bien, de quoi pourrais-je me plaindre ??
Je rigole doucement quand "les gens" me donnent leurs bons conseils : bouges plus, tu n'as pas assez d'endurance, tu devrais sortir et marcher, tu devrais dormir moins, tu devrais faire ceci et cela... Je rigole doucement mais j'ai envie de hurler : PRENEZ MON CORPS, UNE SEMAINE ... et ne revenez plus avec ces conseils qui ne m'aident pas à aller mieux ... parce que au bout de cette semaine vous prierez la terre et le ciel de ne plus avoir ces douleurs permanentes qui vous vident et vous mettent à plat.
Je rigole doucement parce que les mêmes personnes n'ont pas mon corps, ils n'ont ni ce corps ni l'esprit qui l'habite et qui me défend de me plaindre à longueur de journée, qui me défend de laisser aller, de sombrer même si c'était une bonne chose, peut-être ...
Aider n'est pas donner des leçons, aider n'est pas appliquer sur moi ce qui marche sur eux ... aider serait de m'accorder le droit d'être comme je suis et d'accepter que je n'arrive pas à faire ce que "le monde" sait faire. Je fais de mon mieux, je me soigne, je passe trois fois par semaine par les mains expertes de masseurs et chiropracteurs, je me déplace si souvent à l'hôpital que je vais bientôt avoir une place réservée au sous-sol ;-) J'applique mon hygiène de vie qui veut que je dorme beaucoup, que je place mon oreiller de telle et telle façon, qui veut que je reste dans mes limites, j'applique tellement de mouvements, gestes, actes que toute ma vie est dictée par la discipline pour fonctionner.
Alors je n'étais pas surprise quand les courrier sont arrivés, les uns plus réjouissants que les autres, des lettres impersonnelles, envoyées des milliers de fois déjà à d'autres dans le même cas... les douleurs, cela ne se voit pas cela se vit au quotidien et si vous essayez de cacher votre état en mordant sue votre chique, en vous tenant droit, en vous obligeant de sourire, en vous forçant de marcher alors que chaque pas est pure douleur, ne vous étonnez pas qu'on vous dise : mais madame, vous n'avez rien ...
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